Mon #moiaussi après les fêtes

Moi, les fêtes, je les ai passées dans une chambre d’hôpital ou en convalescence à la maison.  Outre une belle petite sortie familiale entre les deux, je retiens principalement les deux yeux pleins de questions de mon chat qui me fixait, ayant l’air de me dire : « Mais qu’est-ce que t’as?! »

C’est donc une pneumonie, une influenza et une gastro plus tard que je vous écris.  Trois mois à être malade, ça suffit!  J’aurais acheté un billet que je n’aurais pas gagné à la loterie!

Mais à être souffrante ainsi, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir à ma vie et aux deux dernières années qui viennent de s’écouler. 

Pour ceux qui l’ignorent, j’ai également dénoncé dans la foulée du mouvement #moiaussi.  Et, comme pour le faire exprès, ce mouvement en était à son apogée le jour de mon passage en cour où j’allais témoigner contre mon agresseur.

Évidemment, je m’étais préparée.  J’étais bien entourée physiquement et en pensées.  J’ai fait selon ma conviction, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’excuses pour commettre une agression sexuelle.  Je me suis tenue devant le juge et j’ai témoigné.

Facile?  Non!  Loin de là.  Mais pour moi, c’était un passage obligé, vous comprenez? 

Je le savais assis derrière moi à ma gauche, l’agresseur de malheur, mais je savais qu’une de mes bonnes amies était également assise là, derrière moi aussi, mais à ma droite.

J’ai tout dit!  Tout raconté.  Et je suis sortie de là la tête haute, en me disant que je venais de récupérer une partie de moi que je croyais définitivement perdue depuis l’agression.

C’est en décembre que le juge rendait sa décision.  Coupable d’agression sexuelle.  La sentence sera entendue plus tard ce mois-ci.

Suis-je satisfaite du résultat de tout ça?  Oui et non.  Il n’a pas été reconnu coupable sur toute la ligne.  Mais les faits de droit au Canada sont ainsi constitués que je peux me contenter du verdict qui a été prononcé.

Suis-je là à attendre la sentence avec anticipation?  Non.  Parce que, on ne se le cachera pas, si au début, au moment de la plainte, il y a une partie de nous-même qui veut probablement une vengeance, maintenant, tout est différent.

Je voulais obtenir justice et je l’ai eue.  Je voulais qu’il ne récidive pas, mais de cela je ne peux être certaine.  Personne ne le peut.  Néanmoins, il y pensera à deux fois avant de malmener une femme, ou tout autre être humain d’ailleurs.

Est-ce que je conseille aux autres de parler?  Bien sûr!  Le faire est des plus libérateurs.  Est-ce que je conseille aux autres victimes de criminels de ce genre de porter plainte?  Moi je leur dis, faites ce que votre cœur vous dicte!  Ce ne sont pas les autres qui iront témoigner, c’est vous.

Moi, il m’aura fallu près de deux ans d’attente avant qu’il n’y ait procès.  D’innombrables séances de thérapie, et encore plus si on pense à celles qui n’ont eu lieu que pour ma présence et mon témoignage à la cour. Plusieurs rencontres avec l’inspecteur responsable du dossier et d’autres avec le procureur de la Couronne aussi.  Ça demande beaucoup d’énergie qu’on ne réalise pas avoir toujours!

Est-ce que je regrette?  Oui, je regrette amèrement d’avoir été au mauvais moment avec le mauvais individu et d’avoir subi une agression.  Je ne regrette pas d’en avoir parlé sans m’en cacher, car ceci n’était pas ma honte, mais la sienne, même si cela avait l’air de déplaire à certaines personnes.  Je ne regrette pas mes séances en thérapie, alors là, pas du tout!  Et, en fin de compte, je ne regrette pas d’avoir porté plainte.

On me dit que les victimes de viol sont plus entendues et crues qu’il y a vingt ans.  J’ose même espérer, si mon histoire se termine bien, qu’elles le seront encore davantage dans les années à venir.

Peut-être que si on garde vivant le mouvement #moiaussi encore longtemps, la justice n’aura d’autre choix que d’être plus sévère envers les agresseurs sexuels.

J’ose, j’ose y croire.

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