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 Alors, je comprends que si vous êtes en train de lire ces mots, c’est que vous avez décidé de poursuivre votre lecture. Alors, continuons tout de go!
Choc – Déni – Colère – Tristesse – Rési- gnation – Acceptation – Construction*1
La colère est un état du deuil. Elle se vit surtout lorsqu’une personne réalise qu’il n’y a plus de re- tour en arrière possible. Cette enfant avait com- pris ce non-retour.
La colère pouvait être autant envers ceux qui avaient causé sa souffrance, envers moi, qu’en- vers elle. Jamais je n’aurais pensé qu’une enfant aurait pu se culpabiliser autant.
Qui penserait qu’un visage si candide, au sourire si merveilleux, pouvait se blesser volontairement avec tant de colère?
Laissez-moi vous dire que j’ai beaucoup appris d’elle en l’accompagnant dans sa valse des émotions traversant les états du deuil comme une athlète olympique. Elle a été une mentore du haut de ses 4-5 et 6 ans. Le temps qu’elle a partagé ma vie.
Je lui ai répété, répété et encore répété qu’elle pouvait me parler de ce qui lui faisait mal dans son cœur. Qu’elle pouvait me faire des dessins pour exprimer sa souffrance et qu’ensemble nous pourrions tenter de déchiffrer ce qu’ils re- présentent.
On ne s’ouvre pas à une étrangère aussi facile- ment quand on est une enfant. Est-ce différent quand on est un adulte?
fait avec son renard :
• par ma douceur,
• par mon écoute sans jugement,
• par ma présence à 100 %, là, pour elle,
• par mes mots aimants, rassurants, apaisants,
• par les moments de folie et de fou rire que nous avions,
• par ce lien de con ance que nous avons tissé ensemble,
• par la constance de sa routine au quotidien,
• par ma bienveillance envers elle.
Au  l des mois et des années, nous avons vécu une complicité fantastique. Ses grands yeux bruns sont devenus de plus en plus lumineux. Elle rayonnait de l’intérieur quand elle a quitté la maison pour retourner dans sa vraie famille.
Le deuil permet de trouver des ressources in- soupçonnées à l’intérieur et à l’extérieur de soi
Elle a su apprivoiser à sa façon, selon sa compré- hension et son vécu, les deuils de sa vie. Elle l’a fait à son rythme.
Elle avait une envie criante d’être bien dans sa tête, son cœur et son corps. Intuitivement, comme le sont souvent les enfants, elle a fait con ance à son cœur et s’est investie dans les options constructives qui se présentaient à elle.
J’ai eu le privilège d’être témoin de son épa- nouissement. La dernière soirée, en la bordant, je lui ai demandé : « Est-ce que tu peux me dire, ma belle, qui est ta meilleure amie? » Elle m’a répondu en riant : « Ben voyons, Lynne, tu le sais, c’est moi! »
Je me souviens d’avoir descendu l’escalier en me disant « Quelle grande personne elle est, cette petite. Comme nous en avons vécu des moments merveilleux. Mission accomplie, per- sonne ne pourra lui enlever cette sagesse.
Elle, elle sait reconnaître sa meilleure amie et saura pour toujours lui donner l’amour dont elle a besoin! »
Bien sûr, elle vivra d’autres deuils, qui n’en vit ja- mais?
POUR LA LÉGÈRETÉ D’ÊTRE
 Avec tout mon amour, ma patience et persévé-
rance, je lui ai démontré que j’étais là pour elle.
J’ai eu à l’apprivoiser comme le Petit Prince l’a
1 Les étapes-états du deuil selon Elisabeth Kübler-Ross psychologue behavioriste.
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À coup de plume - Février 2018



































































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