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POUR LA LÉGÈRETÉ D’ÊTRE
« La p fecti  tente d’intimid  plutôt que d’insp   »
La voix de la perfection te répète constamment à l’oreille :
« Tiens-toi droite, rentre ton ventre, pense à ce que tu dis, sois intelligente, ne montre pas tes émotions, tente de prévoir toute impasse, ne te laisse pas surprendre, gère, contrôle, plani e, fuis l’erreur, compare-toi, tu dois tout maîtriser, tu dois en savoir le plus possible surtout, n’ou- blie pas, tiens-toi droite. »
La perfection tente d’intimider plutôt que d’ins- pirer, elle cherche à demeurer inatteignable à qui essayera de se comparer.
La perfection est un passage suggéré a n d’exis- ter, d’être reconnu, de quanti er sa valeur, mais d’autres options existent...
L’imperfection, c’est tellement confortable, souple, ça transforme la rigidité par la souplesse, ça laisse même aux autres le droit à l’erreur, ça rend attachant, ça permet le droit d’être, donne la possibilité d’essayer, de grandir, de tomber et de se relever, plus besoin de tout prévoir pour fuir l’échec... Sérieux, c’est si bon l’imperfection.
J’ai fait un recul dans le temps. Bien que deux amies se soient esclaffées quand j’ai exprimé que je n’étais pas une personne exigeante, je n’ai pas l’impression d’être à la poursuite de cet idéal de perfection sociétaire. Il est clair qu’exi- gence, performance, perfection et excellence font des « p’tits » ensemble, et non sans dom- mages collatéraux.
Je devrai donc avouer que j’ai, dans mon jeune âge,  irté avec cette absolue perfection, mais vraiment, c’est chiant et trop encombrant. Ça fait l’effet de sortir avec le plus beau gars de l’école, celui qui fait  échir les genoux à toute la cour d’école. Comment faire pour le lâcher par la suite?
Le regard des autres sur toi est différent, tu de- viens l’icône de l’inatteignable, un modèle à suivre.
Mais ton prince charmant te chuchote toujours à l’oreille : « Tiens-toi droite, rentre ton ventre, pense à ce que tu dis, sois intelligente, ne montre pas tes émotions, souris, reste jeune, replace ta couette et n’oublie pas, tiens-toi droite. » L’acou- phène psychologique pathologique! Je n’en veux plus de ce mec! Je préfère voyager léger!
Surprise du commentaire de mes amies, je me suis automatiquement dit : « Je suis exigeante avec moi, il me semble ne pas exiger autant des autres? Je ne suis pas contrôlante. »
Mais en fait, quand on ose s’approcher de quelqu’un qui exige tant d’elle-même, comment peut-on ne pas se sentir sur la corde raide? Ce qu’on exige de soi propose fortement un mo- dèle à suivre pour ne pas décevoir (je n’en étais pas consciente!).
En entrant chez une amie, elle me lance : « Re- garde pas le ménage, une maison c’est fait pour vivre ». J’ai enregistré cette phrase comme un coup de pelle de velours.
L’impact fut instantané, je me suis immédiate- ment sentie bien chez elle. J’ai adopté cette phrase au départ dans un objectif de justi ca- tion, par la suite c’est devenu une prémisse.
J’ai compris que ma pathologie était réglo le jour où mon chum m’a dit, à propos d’un banal événement : « Karine, tu as fait ce choix, ça me déçoit », et que j’ai répondu : « Mon amour si je te déçois, c’est que tu avais des attentes; je te déçois, ça me va, ça ne m’appartient pas! Que veux-tu manger pour souper mon cœur? »
  Karine Leclerc est auteure, conférencière, deuil et  n de vie Visitez www.karineleclerc-deuil.com pour en savoir plus.
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À coup de plume - Février 2018
















































































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