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POUR LA LÉGÈRETÉ D’ÊTRE
 Les chroniques immortelles
 Éloge à « l’inpèrfecsion »
P  K ine Lecl c
Être ou ne pas être parfait, voilà la question!
Le billet de ce mois-ci est directement inspiré d’un groupe merveilleux d’étudiants, que j’ai eu la chance de croiser. Étant enseignante depuis plus de 10 ans, ce fut surprenant pour moi de croiser une telle concentration d’anxiété de per- formance.
Ce que j’observais de l’extérieur était saisissant : comment peut-on s’imposer tant de stress pour performer? Comment des personnes si compé- tentes peuvent-elles devenir carrément aveu- glées par leurs forces et laisser tant d’espace à cette certitude d’un éventuel échec?
Cette anxiété me semblait si inconfortable que j’ai ressenti l’envie d’en faire son autopsie.
L’anxiété de performance se gon e le torse avec une con ance désarmante dans les moments non opportuns, elle brille de mille feux, laissant présager l’illusion d’une ef cience parfaite... Pourtant, elle paralyse, elle handicape, elle tire vers le bas, elle donne accès au pire de nous et, disons-le, elle distord la réalité.
La perfection est un mirage dans le désert. Elle n’oublie pas de nous garder assoiffés, elle nous pousse à vivre dans le futur, nous offre la possibi- lité d’un voyage sans  n, car la destination visée de la perfection n’existe pas.
Le regard est toujours porté sur le point B, car elle nourrit sa réalité que l’on pourrait toujours en faire plus. Dans ce désert, des questions, des questions, encore des questions, des « peut-être que... », des « et si jamais... », des « et s’il fallait que... ».
L’exigence est une voix dans le désert qui épuise, qui fait violence. Elle compare, emprisonne le corps, empoisonne l’esprit.
Trop concentrés sur ce mirage que nous croyons réel, la perfection s’efface plus nous nous en ap- prochons. L’excellence propose fortement de faire et d’oublier d’être.
Elle prétend même pouvoir combler un besoin d’amour, une façon d’être accepté et d’exister, une manière d’être reconnu et de ne pas être jugé.
Elle est à des années-lumière de l’estime de soi, car même si idéal atteint il y avait, on ne le verrait pas.
Une illusion qui éloigne de qui on est vraiment. Des mécanismes souvent mis en place dans l’en- fance, une sécheresse assurée, car ce que l’on a, on ne le veut pas, on en veut toujours PLUS!
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À coup de plume - Février 2018
 
















































































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