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 sur le cinéma muet, mon amour des chemins broussailleux quand une route bien déblayée serpentait en parallèle, rien n’était identique aux choix de mes contemporains. Je ne réglais pas les problématiques du quotidien de la même manière que les autres. Je traçais mon propre sentier.
Lorsque j’ai compris la nature de ma différence, il m’a paru encore plus simple et évident d’accepter que je serais toujours celle qui suivra la route alternative, qui n’aimera pas les tendances populaires ni les gadgets à la mode.
Avoir des intérêts particuliers (nommés en autisme bien souvent « intérêts restreints » selon les normes médicales) s’avère pour moi particulièrement positif et grati ant. Je ne suis pas une généraliste touche-à-tout, mais une spécialiste des sujets qui me passionnent profondément.
Assumer mes besoins atypiques et les écouter
Connaître ses particularités demeure un des meilleurs moyens de se respecter soi-même. Une personne avec des limitations physiques importantes apprendra à les contourner avec adresse ou à faire des choix de vie autres. Personnellement, je vis certaines contraintes bien à moi.
Sur le plan sensoriel, je suis particulièrement fragile face aux bruits, lorsqu’ils sont de sources sonores variées et cacophoniques. Le bruit peut même s’avérer franchement douloureux jusque dans mes cellules et je dois parfois me boucher une oreille ou deux lors de moments particulièrement intenses au niveau acoustique.
J’ai donc appris à faire mes choix : éviter certains lieux, esquiver les foules trop denses ou les sources de stimulations en simultané qui viennent promptement m’épuiser.
Faire ces choix, en apparence restrictifs, ne s’avère pas si déplaisant  nalement. Je choisis ainsi la tranquillité environnementale, une vie plus silencieuse et zen. À la maison, je vis souvent sans musique, sans distraction.
Je suis une personne sociable, mais à petites doses subtiles. Si une cordiale invitation s’esquisse ou un projet de repas avec quelques amis se concrétise, il m’est impossible de faire le choix de reproduire le lendemain une seconde situation impliquant un groupe, si minuscule soit-il. Le prix énergétique est beaucoup trop onéreux.
En tant que personne autiste, il est de ma responsabilité maintenant de choisir les événements qui m’épuisent le moins possible, car ma gestion interne de trop d’informations est limitée. Je sais que si je me demande trop, mon cerveau devient saturé et mon corps affaibli.
Me donner des outils pour progresser
Jusqu’à l’approche de mon diagnostic, gérer les relations humaines m’était pratiquement impossible. J’ignorais comment entretenir les amitiés et comment sélectionner les bonnes paroles à prononcer selon les circonstances, sans être brusque et sans blesser par manque de  ltre. Je disais l’indicible, juste par pulsion de verbaliser vérités et réalités.
J’ai commencé alors une joyeuse quête : m’outiller pour gérer l’art de la conversation et la lecture du non verbal de mes semblables, apprendre à doser certaines paroles selon les circonstances.
Sans chercher à me dénaturer en tant qu’autiste, j’ai fait le choix certain de m’équiper d’instruments adéquats pour avancer vers les autres. Je vois une éducatrice spécialisée, je multiplie les lectures instructives et j’expérimente sans arrêt sur le terrain de jeu de la vie!
Le choix d’en parler ouvertement, sans pudeur
Finalement, un choix qui s’est avéré important pour moi a été d’af rmer haut et fort mon autisme, sans peur et sans inquiétude.
Il me semblait primordial et tout naturel de partager avec les autres mon vécu, mon ressenti intérieur et de participer à démysti er cette condition si fascinante qu’est l’autisme!
POUR LA LÉGÈRETÉ D’ÊTRE
   Marie-Josée Cordeau est auteure, conférencière et une référence en matière d’autisme. Visitez www.mjcordeau.blogspot.ca pour plus de détails.
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À coup de plume - Février 2018














































































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