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POUR LA LÉGÈRETÉ D’ÊTRE
 Les chroniques austistiques
 Le rafraîchissant choix d’accueillir pleinement ma différence
P  M ie-Josée C deau
Au doux été 2012, je voyais ma 46e année de vie pointer son minois insolent et s’approcher à pas de félin sournois, lorsque mon diagnostic de syndrome d’Asperger est tombé.
Je précise bien « tombé », car durant les mois suivants, une lourde chute vertigineuse s’est matérialisée à l’intérieur de moi.
Ravie aux premiers abords de cette con rmation indéniable de ma condition alternative, je me suis retrouvée à une intersection en Y, m’amenant à héberger de nouveaux questionnements essentiels sur mes choix de vie.
Peu à peu, je visualisais deux options principales. Soit m’orienter vers le côté sombre de la désolation et du repli sur soi, soit prendre la tangente plus lumineuse et regarder droit devant moi, avec espoir et dans un esprit constructif.
J’ai fait le choix salvateur, mais pas totalement évident, d’aller le mieux possible et de cheminer avec dignité en cohésion avec cette donnée jusqu’alors inédite pour moi.
Moi, Marie Josée, j’ai appris que je suis autiste et j’ai choisi de bien le vivre. Je me suis fait ce sublime présent plus que précieux.
L’initial choix de me relever
À l’aurore de cette renaissance qui s’esquissait devant moi, j’ai fait un choix conscient et volontaire de me relever, malgré l’annonce
particulièrement tardive de mon diagnostic.
Car plus de la moitié de ma vie était déjà écoulée et d’abondantes années dif ciles avaient été traversées dans l’ignorance.
Au cours des mois qui ont suivi la con rmation de mon diagnostic, une longue remise en question m’a submergée entièrement.
Ruminations d’événements tristes du passé et non compris, relations personnelles ardues et situations nébuleuses dont je prenais le pouls soudainement à la lueur de l’autisme.
J’ai ressenti au quotidien une mordante injustice, une incontrôlable colère et un insurmontable sentiment d’impuissance.
Mais je ne pouvais demeurer engluée dans cet état néfaste pour le reste de ma vie. J’ai donc choisi d’avancer et de me prendre gentiment par la main, là où j’étais rendue.
Apprendre à m’accueillir
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours cultivé une certaine marginalité bien involontaire. Ne me comparant pas à mes semblables, j’improvisais continuellement.
Mes choix de mode de vie, mes minutieux points d’intérêt où je collectionnais mille et deux informations factuelles sur Arthur Rimbaud ou
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À coup de plume - Février 2018
 











































































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