Page 37 - ACP Magazine janvier 2018
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P r la légèreté d’ê e
« Je c prenais t t maintenant, en e au es que je ne p vais jug  Franç s. C  je n’étais pas dans ses s li s, enc e m ns dans sa tête   s  cœ . »
fuir les siens pour entrer de plain-pied dans sa nouvelle vie. Il n’a probable- ment pas la force d’affronter la réalité en face. Sa souffrance est si profonde qu’il ne peut voir celle qu’il fait aux autres par son apparente indifférence à leur égard. »
« Ah ! C’était donc ça la clef ! m’excla- mai-je, cloué sur place devant mon interlocuteur, tout aussi surpris que moi. Si François agit ainsi, ce n’est pas qu’il me hait, mais parce qu’il souffre... Comme je connais bien sa propension à fuir l’adversité, je comprends mainte- nant pourquoi il n’a pas la force de se sortir de son marasme intérieur. Et moi qui l’ai jugé et critiqué pendant toutes ces années, l’accusant de me trahir et de me détester. »
Mon compagnon de route me  t un signe af rmatif de la tête, me signi ant ainsi que j’avais bien compris la situa- tion. Nous prîmes le chemin du retour dans un silence de moine. Pendant que je marchais, je sentais un poids immense glisser de mes épaules pour tomber dans la neige et se fondre dans l’empreinte de mes pas. Je comprenais tout maintenant, entre autres que je ne pouvais juger François. Car je n’étais
pas dans ses souliers, encore moins dans sa tête ou son cœur.
Fort de la leçon tirée de cette longue et ardue poussée de croissance, je déclarai forfait à mon ressentiment et cessai d’attendre une réconciliation. Du même coup, je cessai de haïr mon vieux frère et renouvelai mon pacte d’amitié avec lui, et cela, même si on ne se reparlait jamais plus. Je revis François à quelques reprises par la suite, mais je me contentai de le saluer et de lui adresser mon plus sincère sourire. Je lui laissais ainsi le loisir de décider du jour où sa peine serait transcendée et son amitié assez forte pour renouer les liens entre nous, ces liens du cœur qui, au fond, n’ont jamais été brisés.
Le pardon est réellement affaire de cœur. Mais je peux aussi vous assurer, par mon expérience, que même s’il est fait avec la tête, il ouvre quand même les portes de la compréhen- sion; celles-là mêmes qui peuvent défaire magiquement les nœuds les plus complexes et mener au pardon. Ça vaut vraiment le coup d’essayer. Faites-le juste pour voir... et vous m’en donnerez des nouvelles.
  André Harvey est auteur-conférencier/compositeur interprète Rendez-vous sur www.andreharvey.info pour en savoir davantage.
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  À coup de plume - Janvier 2018
























































































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