Page 36 - ACP Magazine janvier 2018
P. 36

comme sujet. J’étais convaincu que l’exercice allait s’avérer inutile dans mon cas: on croit toujours être l’ex- ception qui con rme la règle.
S’il y avait une chose dont je n’avais pas envie, alors là pas du tout, c’était bien de demander pardon à François pour l’avoir jugé! Ce serait plutôt à lui de le faire, me criait mon ego. En n, tant  pis! J’essaie, même si ça ne donne rien, me suis-je dit tout en envoyant mon mental se reposer quelques minutes. Comme j’avais laissé mon rôle de conférencier à Carrolle pour devenir à mon tour participant, je pro tai de l’occasion pour imaginer que mon ex-ami se tenait devant moi. Du bout des lèvres, bien plus avec la tête qu’avec le cœur, je lui DEMANDAI pardon. J’ai fait mon bout de chemin, qu’il fasse le sien maintenant, murmu- rai-je au grand maître du pardon qui allait sûrement recevoir ma prière.
Le pardon, c’est facile pour les autres. La preuve : je l’enseigne depuis des années. Mais quand il s’agit de soi, c’est une tout autre affaire ! La théorie et la pratique ne vivent malheureu- sement pas toujours côte à côte. Je pouvais en témoigner, là assis sur le bout de mon siège, prêt à reprendre mon rôle et à oublier tout ça. Voyant ma bonne volonté, la vie, vous vous en doutez bien, n’allait pas laisser passer une aussi bonne occasion de m’en- voyer un petit test. Elle voulait me prouver que le pardon, même s’il est fait avec la tête, peut parfois s’opérer et porter ses fruits.
J’ai donc clos ma conférence en évitant de parler de ce que j’avais vécu. Et je m’empressai de reléguer cet exercice aux oubliettes, prétextant que je ne l’avais pas fait avec sincérité; donc, qu’il n’était pas valable. Pourtant, je l’avais tout de même effectué, c’est ce qui comptait.
Le week-end suivant, je suis allé animer un atelier de développement personnel dans une ville éloignée du nord du Québec. Durant une des pauses, un participant m’a demandé si je voulais aller me balader quelques minutes avec lui. J’acceptai et, en cours de route, nous découvrîmes que nous avions un ami en commun! Eh oui! François était demeuré plusieurs années dans cette ville après son divorce, et il avait connu l’homme en question.
Je m’apprêtais à lui raconter ma peine d’amitié lorsque mon compagnon de route s’arrêta brusquement et me dit à brûle-pourpoint : « C’est dommage ce qui se passe avec lui, n’est-ce pas ? Dans son désir impérieux de couper avec son passé, il brise maladroitement tous les liens qui l’unissent à ses parents et à ses amis. J’étais moi aussi devenu un de ses con dents et je l’aimais beaucoup. J’ai goûté à la même médecine que toi et je n’ai plus reçu de nouvelles de François depuis son départ d’ici. »
L’homme, qui n’avait aucune idée de la lumière qu’il faisait ainsi naître en moi, ajouta :« Il souffre tellement, ce pauvre François, qu’il semble en avoir perdu tous ses moyens! Ne pouvant affronter sa nouvelle réalité, il a préféré se retirer,
P r la légèreté d’ê e
36
À coup de plume - Janvier 2018
  
























































































   34   35   36   37   38