Page 34 - ACP Magazine janvier 2018
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P r la légèreté d’ê e
« Je me repliai al s s  m -même
et vécus une d l reuse peine d’amitié. »
âges, ce qui expliquait la force de ses racines, je la croyais éternelle et à l’abri de tout. Je n’ai jamais douté de cela: c’était d’une telle évidence pour moi. Mais, encore une fois, la vie n’avait pas dit son dernier mot. Elle décida donc d’utiliser ce lien sacré pour m’offrir une poussée de croissance qu’il me faudrait plusieurs années à transcender.
Un jour, François, qui s’était séparé de son épouse, prit la route des Indes en solitaire. Il y vécut paisiblement dans un ashram d’où il revint six mois plus tard avec une étonnante sérénité au fond des yeux. Il ne m’avait pas donné signe de vie depuis son départ, un départ que j’avais d’ailleurs appris par une autre personne. Mais je connais- sais François et je l’aimais assez pour le respecter dans son désir de solitude. Je ne lui  s d’ailleurs jamais le reproche.
De retour de son périple, il renoua avec une ancienne compagne qu’il épousa peu après. Nous nous vîmes à deux reprises par la suite. Puis un jour, sans crier gare ni me fournir aucune explication, il prit ses distances. Il évita désormais tout contact avec moi, son vieux frère qui ne lui avait pourtant rien fait.
Rien n’avait laissé présager ce désin- téressement incompréhensible de sa part, et j’eus du mal à m’y plier. Ne pouvant rencontrer mon ami, je lui écrivis à plusieurs reprises. Je lui demandais simplement de me fournir
des explications, de me dire si un de mes gestes ne l’aurait pas offusqué. Il me paraissait inconcevable que deux presque frères se séparent ainsi, sans raison valable. Mes appels à l’aide demeurèrent vains. Je ne reçus aucune réponse à mes lettres ni quelque indice que ce soit qui aurait pu expli- quer ce geste totalement illogique à mes yeux.
Je me repliai alors sur moi-même et vécus une douloureuse peine d’amitié. Même si je ne pouvais rien y faire, je ne lâchai pas prise pour autant. Je  s donc quelques tentatives de rappro- chement, cherchant désespérément la clef qui allait peut-être ouvrir la porte du cœur de mon ami. J’eus beau lui envoyer des cartes de vœux, des exemplaires dédicacés de chacune de mes nouvelles parutions, des lettres décrivant mes états d’âme, rien n’y  t. Je n’eus bientôt plus d’autre alterna- tive que de me résigner et de tenter tout simplement d’oublier.
Bizarrement, plus j’essayais d’occulter cette amitié, plus le ressentiment et la rage montaient en moi. Je n’avais plus qu’une idée : rencontrer François dans un endroit isolé d’où il ne pourrait s’en- fuir et lui dire ses quatre vérités dans un langage que je n’oserais vous décrire ici! Comme la haine ne devait pas  gurer en tant que porte de sortie pour moi, l’occasion ne s’est pas présentée. Je n’eus jamais non plus le courage de provoquer le destin en ce sens. Je
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À coup de plume - Janvier 2018
  






















































































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